Alcomnet

L'étudiant entrepreneur en Algérie : Pourquoi cette génération n'attend plus ?

« An entrepreneur is someone who jumps off a cliff and builds a plane on the way down. »

« Un entrepreneur est quelqu’un qui saute d’une falaise et construit un avion pendant la chute. »

— Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn

En Algérie, une réalité nouvelle prend forme au sein des universités : des étudiants encore en plein cursus qui choisissent de lancer leurs propres projets sans attendre leur diplôme. Ce n’est pas un phénomène isolé, c’est une tendance qui dit quelque chose d’important sur la génération qui façonne le monde du travail de demain.

Une étude internationale l’a confirmé : « l’intention d’entreprendre des étudiants algériens est plus élevée que celle des Canadiens et des Européens » (ASJP, Université de Bab Ezzouar).

Pendant longtemps, le schéma classique était simple : finir ses études, chercher un emploi, construire sa carrière. Mais aujourd’hui, de plus en plus d’étudiants algériens défient ce parcours, ils n’attendent pas le diplôme pour agir, ils observent leur environnement, identifient un problème concret, et décident de construire la solution eux-mêmes.

Et c’est là, je crois, que quelque chose de fondamental a changé. Cette génération ne se contente plus d’hériter du monde tel qu’il est elle le remet en question, elle cherche où ça coince, et elle agit.

Ce n’est pas de l’impatience, comme certains aiment le dire, c’est de la lucidité. Ils ont compris qu’attendre le bon moment, c’est souvent attendre pour rien, et personnellement, je trouve ça bien plus courageux que de suivre un chemin tout tracé.

Ce changement de posture n’est pas banal. Depuis la loi startup de 2020, l’Algérie a posé des bases concrètes pour encourager l’innovation portée par les jeunes.

En chiffres, cela se traduit déjà par 134 incubateurs, 256 start-up universitaires actives, 3 249 brevets déposés et 76 prototypes finalisés (L’Économiste Maghrébin, 2025).

Alors qu’est-ce qui pousse un étudiant à se lancer malgré la pression des études et les obstacles d’un système pas encore totalement adapté ? Et surtout, qu’est-ce que ça change pour le marché du travail algérien ?

Un cadre qui évolue dans le bon sens :

L’Algérie a construit un environnement favorable à l’entrepreneuriat étudiant. Cet environnement est certes encore en développement, mais il affiche déjà des résultats encourageants.

Ce que je retiens, c’est qu’on ne mesure pas encore cette avancée à sa juste valeur. Il reste des lacunes, des lenteurs mais le fait que ces structures existent déjà rend l’entrepreneuriat concret et accessible aux yeux des étudiants. Et ça, c’est peut-être le plus important.

Les incubateurs universitaires se multiplient, offrant aux étudiants des ressources accessibles directement depuis leur établissement. Ces structures leur donnent les moyens de transformer une idée en projet viable. Des diplômes dédiés ont même été créés : le Diplôme Universitaire-Startup, le statut de l’étudiant-entrepreneur, et 84 Centres de Développement de l’Entrepreneuriat ont été mis en place, offrant plus de 1 200 bureaux aux étudiants-entrepreneurs (Algérie Focus).

L’ensemble de ces initiatives exerce une influence positive directe sur la culture entrepreneuriale en Algérie.

Les difficultés rencontrées :

Se lancer dans la création d’un projet, c’est accepter de faire des sacrifices. Les débuts sont difficiles : les doutes, la fatigue, des démarches administratives qui s’étirent sans résultat visible.

Il y a aussi le jugement de proches qui préfèrent voir l’étudiant sur un chemin plus classique. Et tout cela se gère en parallèle des cours, des examens, de la vie étudiante.

Ce que je pense, c’est qu’on sous-estime vraiment ce que ça demande. Ce n’est pas qu’une question de motivation c’est une question d’endurance.

Comme le souligne Le Matin d’Algérie : le passage du prototype au produit commercialisable suppose un accompagnement technique, juridique et managérial souvent insuffisant.

Mais en se fixant un objectif précis et en ne perdant jamais confiance en soi, quelque chose change progressivement. Les obstacles perdent de leur poids. Et on réalise que c’est bien plus accessible qu’il n’y paraissait au départ.

L’IMPACT sur le marché du travail :

L’étudiant entrepreneur ne crée pas seulement une entreprise, il redéfinit sa place dans l’économie algérienne. Ce contexte est d’autant plus urgent que le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans atteignait 28,5 % en 2024, et dépassait 19 % chez les diplômés universitaires (Agence Ecofin, 2026).

Là où une génération précédente cherchait un poste, celle-ci en crée. Et je suis convaincue que c’est bien plus qu’une réponse au chômage c’est une nouvelle façon de se projeter dans l’avenir.

L’ambition est claire à l’échelle nationale, avec une stratégie visant la création de 20 000 start-up à l’horizon 2029 (TSA Algérie, 2025).

L’université n’est plus seulement un lieu de formation. Elle devient un vivier d’entrepreneurs qui façonnent, dès aujourd’hui, l’Algérie de demain.

Ce que je veux dire, c’est que l’étudiant algérien est capable de bien plus qu’on ne le croit. Il évolue dans un système pas toujours adapté à ses ambitions, avec des ressources qui manquent parfois et pourtant, il innove, il crée, il persiste. Le problème n’a jamais été le talent, ces étudiants en ont à revendre. C’est la confiance qu’on leur accorde, y compris celle qu’ils s’accordent à eux-mêmes. Mais cette génération est en train de prouver qu’elle n’a pas besoin de permission pour réussir. Et ça, je trouve ça extraordinaire.

Lisa Madiou

Etudiante ESAA  et Stagiaire Alcomnet